REGION FRIBOURG 16.06.2018
© Char­ly Rap­po

Le Sin­gi­nois Tho­mas Rau­ber dev­rait être élu aujourd’hui au con­seil d’administration de la ban­que Raiff­ei­sen


Cet après-midi, Tho­mas Rau­ber aura cer­tai­ne­ment une peti­te pen­sée pour son grand-père. «Il était le cais­sier, com­me cela se disait à l’époque, de la ban­que Raiff­ei­sen de Bel­le­gar­de. Je me sou­vi­ens encore du cof­f­re-fort qui était instal­lé au milieu du salon», racon­te celui qui dev­rait être élu aujourd’hui à Luga­no au sein du con­seil d’administration du numé­ro trois du sec­teur ban­cai­re hel­vé­tique. Une ligne de plus, peut-être la plus pres­ti­gieu­se, dans le cur­ri­cu­lum vitae de ce Sin­gi­nois de 52 ans, infa­tig­ab­le défens­eur de l’économie fri­bour­geoi­se.

C’est d’ailleurs dans une ban­que, la Socié­té de ban­que suis­se, qu’il com­mence sa car­ri­è­re dans les années non­an­te. Avant de tra­vail­ler pour le trans­por­teur Danz­as, ava­lé plus tard par DHL. En 1997, il ent­re chez Vibro-Meter, devenant direc­teur finan­cier, puis direc­teur du site de Vil­lars-sur-Glâ­ne de cet­te entre­pri­se active notam­ment dans le domai­ne aéro­nau­tique, deve­nue Meg­gitt.

En 2010, chan­ge­ment de cap: Tho­mas Rau­ber fon­de TR Invest, une socié­té de par­ti­ci­pa­ti­on aux peti­tes et moy­ennes entre­pri­ses (PME), et TR Manage­ment, spé­cia­li­sée dans le coa­ching. «Plus Meg­gitt gran­dis­sait, plus la part d’entreprenariat local dimi­nu­ait. Mon tra­vail con­sistait à admi­nis­trer, je n’avais plus suf­fi­sam­ment de liber­té pour créer quel­que cho­se», expli­que l’économiste, marié et père de deux enfants.

Un vaste réseau

Portant le com­plet com­me une secon­de peau, Tho­mas Rau­ber par­rai­ne aujourd’hui une quin­zai­ne d’entreprises à qui il appor­te con­seils et capi­taux. Com­me Bcomp, à Fri­bourg, active dans le déve­lop­pe­ment de maté­ri­aux inno­vants. «C’est quelqu’un qui est très con­nu dans la place fri­bour­geoi­se. Même si nous ven­dons beau­coup à l’international, il est important pour nous d’avoir de tels relais au niveau local», relè­ve Juli­en Rion, direc­teur tech­ni­que de Bcomp. Son vas­te réseau, l’investisseur le cul­ti­ve notam­ment grâce à sa fonc­tion de pré­si­dent, depuis 2013, de la Gewer­be­ver­band Sen­se, l’union des arts et métiers sin­gi­noi­se.

Et, bien sûr, par le biais de ses man­dats poli­ti­ques. Con­seil­ler com­mu­nal à Tavel ent­re 2016 et 2018, il est éga­le­ment dépu­té au Grand Con­seil fri­bour­geois depuis 2011 sous la ban­niè­re démo­cra­te-chré­ti­en­ne. Lors des der­niè­res élec­tions can­to­na­les, il a réa­li­sé le deu­xiè­me meilleur score de son district. Gros bos­seur – «il est très bien orga­ni­sé, mais avec tout ce qu’il fait, ça ne serait pas pos­si­ble autre­ment», dit de lui son col­lègue de par­ti Bru­no Boschung –, Tho­mas Rau­ber laisse tou­te­fois à d’autres le rôle de tri­bun. «Il ne par­le pas pour ne rien dire. Quand il prend la paro­le, c’est tou­jours à bon esci­ent», con­sidè­re Juli­en Rion.

Peu pré­sent sur les ques­ti­ons socié­ta­les, Tho­mas Rau­ber se pro­fi­le sur les thè­mes éco­no­mi­ques. L’un de ses adver­saires poli­ti­ques, le syn­di­ca­lis­te Xavier Gani­oz, avoue que le Sin­gi­nois n’est pas un requin de la finan­ce. Mais peut-être un Pic­sou. «Il ne cor­re­spond pas à l’image du défens­eur de l’économie libé­ra­le dest­ruc­tri­ce, mais il res­te le sym­bo­le de l’aile con­ser­vat­ri­ce et thé­sau­ri­seu­se de son par­ti. Il incar­ne tout l’immobilisme du PDC», com­mente le dépu­té socia­lis­te.

Redonner confiance

Ce prin­temps, Tho­mas Rau­ber a fait par­ler de lui avec sa pro­po­si­ti­on – accep­tée par le par­le­ment – d’alléger l’impôt sur la for­tu­ne, notam­ment pour les entre­pre­neurs dis­po­sant de titres suis­ses non cotés. Per­tes esti­mées pour le can­ton de Fri­bourg: 30 mil­li­ons de francs. Un cadeau fait aux riches? «Non, pas du tout. Mais Fri­bourg est en fond de clas­se­ment en ce qui con­cer­ne la char­ge fis­ca­le pesant sur des entre­pre­neurs qui réin­ves­tis­sent de l’argent taxé au niveau du reve­nu, au niveau des divi­den­des et encore une fois au niveau de la for­tu­ne», expli­que le démo­cra­te-chré­ti­en.

Pré­si­dent depuis 2009 de la ban­que Raiff­ei­sen Fri­bourg-Est, qui comp­te des ens­eig­nes à Saint-Antoi­ne, Alters­wil, Hei­ten­ried, Guin mais aus­si dans la capi­ta­le can­to­na­le, et pré­si­dent depuis 2015 de la fédé­ra­ti­on alé­ma­ni­que des ban­ques Raiff­ei­sen du can­ton de Fri­bourg, Tho­mas Rau­ber sait qu’en cas d’élection aujourd’hui à Luga­no, il rejoin­dra la tête du géant ban­cai­re aux 3,7 mil­li­ons de cli­ents dans un con­tex­te par­ti­cu­liè­re­ment agité. Anci­en direc­teur de la ban­que, Pie­rin Vin­cenz, libé­ré de pri­son en début de semai­ne, est en effet accu­sé de ges­ti­on déloya­le.

Et il y a deux jours, l’Autorité fédé­ra­le de sur­veil­lan­ce des mar­chés finan­ciers (Fin­ma) a poin­té dans un rap­port de «gra­ves lacu­nes» en matiè­re de gou­ver­nan­ce et appe­lé à un renou­vel­lement du con­seil d’administration. «Il faut redon­ner con­fi­an­ce et restau­rer les val­eurs de pro­xi­mité et de trans­pa­rence de not­re ban­que», insis­te le Fri­bour­geois, con­sci­ent du rôle qu’il pour­rait jou­er dans cet­te quête de renou­veau.

BIO EXPRESS

1966
Nais­sance à Tavel. Etu­des au Col­lège Saint-Michel, puis licence en ges­ti­on d’entreprise à l’Université de Fri­bourg.

1997–2010
Direc­teur finan­cier, puis direc­teur du site de ­Vil­lars-sur-Glâ­ne de Vibro-Meter, deve­nu Meg­gitt.

2010
Fon­de TR Invest, une socié­té de par­ti­ci­pa­ti­on aux PME, et TR Manage­ment, socié­té active dans le coa­ching aux entre­pri­ses et aux start-up.

Depuis 2011
Dépu­té au Grand Con­seil.

Depuis 2013
Pré­si­dent de la Gewer­be­ver­band Sen­se.

2016–2018
Con­seil­ler com­mu­nal à Tavel.